L’équité commerciale entre les arrondissements

Le déménagement du Costco a suscité beaucoup de commentaires et d’opinions dans la dernière semaine. Les arguments mis de l’avant par le Groupe Custeau ainsi que les refus de certains élus de voter en faveur du projet vont dans un sens bien clair, l’équité commerciale dans la ville.

Loin de moi de vouloir affirmer que Costco et la ville se trompe. Costco a fait un choix d’affaire et a pleinement le droit de demander à la ville une dérogation. Et dans cette optique, comment la ville aurait bien pu refuser, surtout en année électorale. Un refus de la ville aurait probablement été perçu par la population comme « un refus de faire baisser le prix de l’essence ». De toute façon, soyons pragmatique, une dérogation pour 4% de la superficie du plateau, ce n’est pas un gros compromis pour la ville.

Mais, deux problèmes demeurent, et le Groupe Custeau a raison. Le premier, les autres arrondissements de la ville méritent mieux, et les règlements sont écrit pour, en principe, être respectés. Si la ville permet un 4% pour un géant, est-ce que ce 4% devient une norme dans tous les règlements? La ville a actuellement des PPU très contraignants nuisant à l’affichage commercial de ses commerçants locaux qui y sont principalement regroupés. Ce sont eux qui s’impliquent dans la vie communautaire de la ville, dans les organismes, qui paient la majorité des taxes foncières via leurs bâtisses ou baux commerciaux, qui font de Sherbrooke une ville vivante.

Le second, pourquoi les grandes bannières ne sont pas au rendez-vous au coin de la 610 et 12e avenue? Voici selon moi un début d’explication. La ville a choisi, il y a quelques années, de concentrer les grandes surfaces dans un secteur, incluant le Centre de Foires. C’est connu, le monde attire le monde, et ce monde, sort de tous les arrondissements pour se diriger vers le seul pôle commercial majeur existant. De ce fait, ceux qui ont survécu dans les autres arrondissements se retrouvent en situation de « quasi-monopole ». Les mots sont peut-être forts, mais pourquoi, par exemple, les grandes bannières présentent à Fleurimont investiraient des sommes colossales pour déménager sur la 12e avenue alors qu’elles sont seules, que leurs stationnements sont toujours pleins. Les entreprises se positionnent pour faire des profits, pas seulement augmenter leurs ventes.

Ce site au coin A610 mérite pleinement d’être développé. L’arrondissement de Fleurimont, le plus gros de la ville, dont la population ressemble à celles de Granby, est en déficit commercial depuis les années 90. Quels sont les critères pour déterminer si un arrondissement est bien desservi ou non. La diversité de l’offre doit faire partie du calcul. Les citoyens ont besoin de plus qu’une pharmacie, une épicerie et un resto.

Si nous voulons du changement, la Ville et Commerce Sherbrooke devront réfléchir à cette situation et mettre en place une stratégie très incitative pour tous les arrondissements mal desservis.

 

Patrick Pinard
Président d’ODACE (anciennement Chambre de commerce de Fleurimont)
Copropriétaire des Boucherie Clément Jacques